En même temps qu’une meilleure compréhension des phénomènes qui nous entourent, librement partagée par ceux qui ont accès à l’enseignement, les connaissances scientifiques apportent les promesses d’une vie meilleure pour ceux qui peuvent profiter de ses fruits technologiques.

Cependant, une difficulté naît actuellement des enjeux associés à certaines retombées scientifiques : la compétition entre acteurs commerciaux, la nécessité de retours sur investissement qui soient rapides et significatifs, combinés à l’absence de garde-fous législatifs, sont des facteurs qui ne garantissent pas une réelle amélioration de nos conditions d’existence. N’essaie-t-on pas de nous vendre des fruits avant qu’ils soient arrivés à maturité ? A-t-on bien vérifié que ces nouveaux fruits répondent à une attente de la société, qu’ils ne perturbent pas notre équilibre alimentaire, qu’ils ne contaminent pas notre environnement ? S’il existe des risques associés à leur exploitation sur le long terme, ceux-ci sont-ils négligeables au regard des avantages immédiats qu’ils sont susceptibles d’apporter à tous les citoyens ?

Concernant l’utilisation du Génie Génétique en agroalimentaire, pour lequel l’image des « fruits technologiques » est la plus appropriée, aucune justification sérieuse ne semble venir contrebalancer les doutes quant à leurs bienfaits pour l’humanité. Ainsi, l’argument initialement avancé d’une réponse à la faim dans le monde ne résiste pas à l’analyse. Cependant, l’alimentation représente un marché planétaire d’une telle importance que les grandes firmes commerciales ne sont pas prêtes à y renoncer. Nous pouvons nous passer de téléphone portable, de voiture, et même d’électricité, mais pas de nourriture.

Devenir propriétaire de la base alimentaire que constituent les céréales et les plantes légumineuses constitue donc la meilleure garantie de retours sur investissements. Est-ce une raison suffisante pour autoriser l’appropriation du vivant par quelques multinationales, au moyen notamment des brevets ?
Par la densité de ses ramifications sociales et l’ensemble de ses conséquences prévisibles, le dossier des OGM est sans doute le plus riche de ceux qui concernent les retombées technologiques dans la société. Raisonnablement, il convient de distinguer les outils produits par le Génie génétique et leurs différentes applications possibles. Si le domaine de l’agroalimentaire s’avère un domaine d’application inadapté en l’état actuel des connaissances, ce constat n’est pas forcément généralisable à la recherche fondamentale en Microbiologie ni à ses applications au domaine médical. Souhaitons que les risques associés aux commerce des plantes génétiquement modifiées ne viennent pas discréditer l’ensemble des application du génie génétique, voire même une confiance de plus en plus ténue du public pour les fruits de la recherche scientifique.

Les OGM agroalimentaires, s’il risquent de discréditer un domaine de recherche potentiellement utile pour l’humanité, présentent un avantage indéniable : celui de mettre aujourd’hui en cause toute la logique qui a conduit à leur développement : une agriculture intensive, la collusion entre le monde politique et les multinationales, ainsi qu’un certain manque d’indépendance de la recherche.